La butte de Keriquel

La butte de Keriquel a fait l’objet d’une fouille en 1899 par l’archéologue Paul du Chatellier qui conclut que ce tumulus datait de l’âge du fer. En 1955, suite à une étude sur la céramique onctueuse, il s’agirait d’une motte castrale du Moyen Âge…

La butte est située dans une propriété privée, en lisière d’un ruisseau à environ cent cinquante mètres du village de Keriquel sur deux parcelles appelées Tachen an duchen (la parcelle à côté de la butte) et Parc an duchen (le champ de la butte). Elle mesure, à l’époque de la fouille, cinq mètres de haut et quarante mètres de long.

Résumé du rapport de Paul du Chatellier

À partir du haut de la butte, un puits de neuf mètres du côté est creusé. À un mètre cinquante de profondeur sont prélevés « quelques fragments d’une poterie rougeâtre onctueuse se cou­pant au couteau… » Plus profondément apparaissent « des pierres qui deviennent de plus en plus nombreuses. Lʼarchéologue recueille des fragments de la même poterie onctueuse pleine de morceaux de talc et aussi quelques pierres parmi lesquelles deux galets longs portant des traces de percussion. »

À deux mètres quatre-vingts apparaissent « trois assises de grandes pierres, maçonnées à sec ayant quatre-vingt-six centimètre de large sur soixante-cinq centimètres de hauteur et six mètres de longueur. Les pierres de ce muret portent les traces d’un feu violent. Des pierres sans trace de feu, adossées à ce muret, forment une calotte circulaire de six mètres de diamètre. Il y avait sous ces pierres une couche de cendres et des restes incinérés, épaisse de quinze centimètres, témoin irrémédiable d’un feu très intense. »

« Nous nous trouvions, à n’en pas douter, en présence d’une sépulture par incinération faite sur place sur laquelle on avait édifié, ensuite, le tumulus. Il est facile de reconstituer comme il suit. Ils commencèrent la construction de la vaste butte, lui donnant quarante mètres de base, et l’élevèrent jusqu’à un mètre trente de haut, en forme de cône tronqué. Arrivés à ce point, ils construisirent, au centre de la plate-forme supérieure, suivant son diamètre nord-sud, le muret maçonné de pierres sèches que nous avons constaté, lui donnant six mètres de long sur quatre-vingt-six centimètres de large et soixante-cinq centimètres de hauteur. Ils dressèrent enfin un énorme bûcher, d’environ six mètres de diamètre, au sommet duquel furent placés le cadavre du défunt et les victimes qui devaient le suivre, peut-être, dans la mort… »

À l’emplacement où pourrait avoir eu lieu l’incinération ont été découverts un grattoir en silex, la moitié d’une hache à bouton en diorite polie… le reste d’une fibule de petite dimension, une pierre à aiguiser, une pierre à cuvette à concasser les graines, posée sur la cuvette, deux fusaïoles en terre cuite onctueuse mêlée de morceaux de talc.

Paul du Chatellier confirme alors : « Le tumulus de Keriquel est comme on le voit, un tumulus de la plus ancienne époque du fer et, comme toutes les sépultures de cette époque, celle de Keriquel avait un mobilier assez pauvre. Toutefois, il nous a permis de faire une constatation intéressante jusqu’ici inédite dans nos régions armoricaines, faute de preuves précises, c’est que les poteries onctueuses, à grain de talc, sont des poteries de la première époque du fer. »

Conclusion de Paul du Chatellier : la butte de Keriquel est un tumulus de l’âge du fer.

Les objets prélevés dans la butte de Keriquel par Paul du Chatellier en 1899 ont été transmis au musée des Antiquités nationales qui deviendra le musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (MAN). Ils sont décrits dans une liste portant le n° 75436 :
• huit fragments de grands vases de stockage, non tournés : huit fragments de bords, dont un à décor ondé ; terre cuite rosée-brun ;
• cinq fragments de grands vases de stockage, non tournés : cinq fragments de panses ; terre cuite rosée-brun ;
• deux fragments de grands vases de stockage, non tournés : deux fragments de fonds plats ; terre cuite rosée-brun ;
• élément circulaire percé de deux trous ; terre cuite brune ;
• élément circulaire à bord ondulé : fusaïole ? lèvre de vase fermé ? ; terre cuite rosée ;
• onze pierres diverses : huit pierres à aiguiser, lissoirs ? deux fragments de meules ? et un fragment indéterminé ; pierre grise.

La fusaïole y est mentionnée, elle mesure 5,7 cm de diamètre. Le MAN précise : la datation pour ces objets est indiquée post-antique (c’est-à-dire époque très ancienne).

La datation et la fonction
de la butte contestées

Dans les Annales de Bretagne, l’article Un type de céramique antique inédit, de Cornouaille et d’ailleurs de l’archéologue Pierre-Roland Giot (1909-2002) résume l’étude qu’il a effectuée en 1955 sur cette matière et précise que la poterie onctueuse se présente sur deux types de vases, « les uns faisant penser à de grandes marmites à bouillie, les autres sans doute pour faire cuire des galettes… le seul objet fabriqué en cette terre cuite qui soit en forme différente est une sorte de fusaïole dissymétrique provenant de Keriquel en Trégunc… À Keriquel en Trégunc, Paul du Chatellier fouilla un étrange monument qu’il prit pour un tumulus de l’âge du fer, ce qu’assurent des fragments déposés au musée des Antiquités nationales que nous avons récupérés, c’est que la poterie (qui comprend une fusaïole, l’auteur parlant de deux d’ailleurs) fait partie de notre ensemble (il y avait aussi des fragments d’objets en bronze et en fer). Lʼinterprétation de la description que le fouilleur a donnée des structures internes du monument est plus difficile. » Pierre-Roland Giot en déduit donc que la butte de Keriquel est une motte. La céramique onctueuse est généralement de couleur lie-de-vin, au toucher onctueux et rayable à l’ongle.

Dans son livre Les fortifications médiévales du Finistère (1997), Patrick Kernévez, maître de conférences en histoire médiévale, considère que, suivant la description du site faite par Paul du Chatellier, « le tumulus serait une motte médiévale qui a connu deux arrangements successifs ; d’abord l’érection d’une plate-forme d’un mètre trente d’élévation ayant servi d’assise à une construction de bois et de pierre comprenant le muret central et la couche d’argile. Puis, après incendie de cet édifice, la réalisation, de part et d’autre du muret, d’un solin de pierre circulaire servant de sol à une tour de charpente édifiée au sommet du tertre qui aurait alors été rehaussé. »

Le doute persiste donc

La butte de Keriquel est en 1899 un tumulus, en 1954 une motte, en 1974 une motte médiévale et en 2016 une motte castrale. Le centre départemental d’archéologie du Finistère a retenu, en diagnostic, cette dernière appellation.

Benjamin Gehres, docteur en archéologie à l’université de Rennes, dans un article très documenté daté de 2018 et publié dans le Bulletin de la société préhistorique française, précise que les céramiques dites proto-onctueuses du Massif armoricain datent du second âge du fer. Il ajoute que, durant le Moyen Âge, la même matière première contenant une grande quantité de talc est exploitée pour les céramiques onctueuses. Cela ne facilite pas la datation et la fonction de la butte de Keriquel.

Le PLU de la commune de Trégunc

Le terrain où se trouve la butte est cité dans la liste des entités identifiées au titre de l’archéologie (rapport de présentation) :
Zone n° 5
• parcelles du plan cadastral 2014 : AH.265 ; AH.266 ; AH 282 ; AH.283
• identification : motte castrale / Moyen Âge
• mode de protection : saisine du préfet de région et demande de zone N au titre de l’archéologie – protection 2
• La zone N vise le principe d’inconstructibilité dans un but de sauvegarde de territoire.
La protection est attribuée aux sites dont l’importance est reconnue. Ils sont à classer en zone inconstructible (classement N avec trame spécifique permettant de les identifier). Ils sont soumis également à l’application de la loi sur l’archéologie préventive.

Image : Wikipedia
Le parcours de la fusaïole trouvée à Keriquel

Cette fusaïole en céramique onctueuse a été trouvée par l’archéologue Paul du Chatellier lors de la fouille effectuée en 1899 à Keriquel. Elle a ensuite été exposée au musée du château de Kernus près de Pont-l’Abbé, appartenant à Paul du Chatellier. Celui-ci décède en 1911. Son fils Armand, en 1924, ferme le musée et vend de nombreux objets, dont la fusaïole, au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). En 1953, la fusaïole est confiée au directeur du musée de la Préhistoire finistérienne de Penmarch, Pierre-Roland Giot, qui procède à une étude de la céramique onctueuse.
Elle est ensuite rendue au MAN. Non-conforme aux règles de sécurité pour recevoir du public, le musée de la Préhistoire finistérienne de Penmarch a fermé définitivement en 2020. La totalité de la collection de ce musée a été transférée au MAN.
Cette fusaïole n’a fait l’objet d’aucune fiche descriptive, juste un dessin de Pierre-Roland Giot.
a : la quenouille
b : le fuseau
c : la fusaïole.
Les fusaïoles légères servent de butée au fuseau.

Paul du Chatellier
Archéologue et collectionneur
Image : grandterrier.net/wiki/

Armand René Maufras du Chatellier, père de Paul, propriétaire du château de Kernus, est archéologue, historien, fondateur de l’Académie des sciences morales et politiques, du journal Le Quimpérois et co-fondateur de l’Association bretonne (et de sa section archéologique), il décède en 1885.
Paul Armand Maufras du Chatellier, dit Paul du Chatellier, est né le 13 novembre 1833 à Quimper. Il est attiré par la peinture et entre à l’école nationale des beaux-arts, il expose ses tableaux dans quelques salons. Mais sa vocation réelle est l’archéologie ; en 1870, à 37 ans, il décide d’abandonner la peinture pour s’y consacrer. En 1876, il informe le président de la Société archéologique du Finistère (SAF), de La Villemarqué, que des objets pris illégalement sur un site ont été vendus à la Société. Cette plainte se traduira par la radiation de son père de la SAF. Néanmoins, en 1897, Paul du Chatellier sera élu à l’unanimité président de cette société. Il procède à de nombreuses fouilles dans le Finistère. À la fin du XIXe siècle, il dispose d’une collection importante d’objets provenant de ses fouilles et de ses nombreux achats. Il les expose dans le musée d’archéologie qu’il a créé dans son château de Kernuz.
Paul du Chatelier décède le 26 mars 1911. Son fils Armand fermera le musée vers 1920 et vendra la majorité de la collection de Paul du Chatellier au MAN et à certains musées bretons.

Glossaire
• Moyen Âge : il débute à la chute de l’Empire romain à la fin du Ve siècle et se termine au milieu du XVe siècle.
• Âge de fer : de 1 200 ans avant J.C à 50 ans avant J.-C.
• Âge de bronze : de 3 000 ans avant J.C à 1 200 ans avant J.-C.
• Néolithique de 10 000 ans avant J.-C à 3 000 ans avant J.C, les dates pouvant varier suivant les lieux.
• Diorite : roche dure voisine du granit.
• Hache à bouton : hache comportant à une extrémité une éminence ressemblant à un bouton.
• Fibule : agrafe, broche antique pour retenir un vêtement.
• Grattoir en silex : outil utilisé dans le travail de la peau du néolithique jusqu’au début du Moyen Âge.
• Fusaïole : petite masse perforée en terre cuite ou en pierre utilisée pour lester la base d’un fuseau ; il en existe deux types : les plus légères servent d’arrêt du fuseau, les plus lourdes permettent d’augmenter sa rotation. Les plus anciennes datent du néolithique. À partir de l’époque romaine, les fusaïoles pouvaient être des fragments de poteries cassées, retaillées et comportant un trou. Cet objet se rencontre parfois dans les sépultures antiques, leur usage dans ce cadre reste inconnu.
• Tumulus : en archéologie, monticule artificiel destiné à couvrir une sépulture, inhumation ou incinération, d’une personne importante.
• Motte castrale : motte composée d’un remblai de terre ayant au sommet un fortin, généralement en bois, entouré d’un petit mur d’enceinte en pierres. Ce type de construction date du Moyen Âge.

Sources

Bulletin de la Société archéologique du Finistère, année 1900
▷ Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest,
tome 62 n°1, 1955
Bulletin de la Société préhistorique française tome 15 n°2, 2018
Les fortifications médiévales du Finistère, Patrick Kernevez, 1997
▷ Le musée d’Archéologie nationale (MAN)

Remerciements à l’administratrice des bases des données au MAN et au centre départemental d’archéologie du Finistère

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