La dynastie des Prouhet, notaires à Trégunc
Les Prouhet ont été notaires royaux, notaires publics ou notaires impériaux suivant les circonstances, de la fin du 17e siècle jusqu’en 1887.
L’acte notarié le plus ancien retrouvé aux Archives départementales signé Prouhet (le prénom ne figure pas), notaire royal 1, date du 14 janvier 1682 et concerne des ventes de propriétés situées à Trégunc et à Lanriec.
Il s’agit probablement du notaire Estienne Prouhet qui épousa Marie le Predour en 1686. Ils eurent dix enfants, tous nés à Concarneau. En 1697, Estienne est procureur de la juridiction de Concarneau.
De 1700 à 1719, les notaires de Trégunc sont Pierre Merle et Pierre Danille. Aux Archives départementales du Finistère, ils sont indiqués notaires royaux de Concarneau à Trégunc en déficit.
En 1719, Joseph Marie Prouhet, fils d’Estienne, devient notaire royal et procureur, il épouse la même année Marie Jeanne de Kermorial issue d’une famille déclarée noble. Ce couple aura onze enfants, deux nés à Concarneau (en 1720 et 1722) puis neuf nés à Trégunc (de 1723 à 1743). Sur l’acte de naissance d’Etienne Joseph, né pourtant à Concarneau en 1720, il est précisé que le père est sieur de Kerambourg, c’est la première fois que ce titre apparaît sur un acte d’état civil. Ce titre de politesse attribué à un roturier désigne généralement le possesseur de la terre désignée. Compte tenu du lieu de naissance des enfants, il est fort probable que la famille s’installe à Trégunc vers 1722 mais possède déjà les terres de Kérambourg. Le manoir de Kérambourg 2 pourrait dater de cette époque. Estienne Prouhet décède à Trégunc en 1724.
En 1751, Jean Joseph Prouhet succède à son père Joseph Marie comme notaire royal puis, à partir de 1791, devient notaire public, il est aussi avocat. Il signe avec l’autre notaire Jean Julien Marie Robert, le 5 avril 1789, les doléances de la paroisse de Trégunc et est élu député de Trégunc. Il aura huit enfants. Jean Julien Marie Robert est assassiné à Trégunc en 1796 (voir Ma Bro n°3 de juin 2011).
Joseph Marie Hyacinthe Prouhet succède à son père en 1794. C’est l’époque de la vente des biens nationaux ; comme beaucoup de notables, il se constitue un patrimoine important (domaines, fermes, terres) et devient ainsi le plus grand propriétaire de Trégunc. Il revendra par la suite une partie de ses biens soit aux anciens propriétaires, soit aux fermiers des lieux. De 1801 à 1816, il est maire de Trégunc ; jusqu’en juin 1815, il indique sur le registre d’état civil les noms des parrains et marraines ! Il aura trois enfants de sa première femme Anne Marie Le Bastard de Kerguiffinec. En 1803, au décès de sa mère, il hérite du manoir de Kérambourg. Il épouse en 1808 en 2e noce Marie Anne Le Bescond de Coatpont dont il aura deux enfants.
À son décès en 1824, son fils Alexandre Daniel Marie lui succède. Ce dernier est maire de Trégunc de 1830 à 1868, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 16 mars 1864.
La fin de la dynastie
Joseph Marie Prouhet, célibataire, fils d’Alexandre, est notaire à partir de 1868 et maire de Trégunc de 1878 à 1887. Dans ses notes, Arthur Le Beux précise : M. Joseph Prouhet mourut d’une attaque d’apoplexie, sur la place du bourg au chevet de l’église ; il venait de la mairie où il avait dû s’occuper de la liste des électeurs, aidé de ses deux secrétaires.
Grâce au dénombrement de la population, déposé aux Archives départementales et numérisé, il est possible de connaître le nom des personnes ayant habité dans le manoir pour la période de 1841 à 1891 :
• en 1841, Alexandre Prouhet notaire et son épouse Laure Dubosq, son beau-père et sa femme, deux domestiques : Marie Anne Lancien et Marguerite Daheron ;
• en 1851, Alexandre Prouhet , son épouse, son fils Joseph, sa belle-mère, Joseph Postec jardinier, Christophe Guillou et Yvon Lancien domestiques, Marie Anne Lancien cuisinière, Marie Jeanne Bourhis servante ;
• en 1861 Alexandre Prouhet maire et notaire, son épouse, son fils Joseph, Célestin Lagadec jardinier, Marie Anne Lancien cuisinière, Yves Penven garçon, Annette Bourhis domestique ;
• en 1872, Laure Dubosq, son fils Joseph Prouhet notaire, Joseph Foulcocq garçon et jardinier, Marie Anne Lancien servante et sa mère, Marie Jeanne Canévet fille de bassecour ;
• en 1881, Laure Dubosq (veuve d’Alexandre), son fils Joseph (maire), Laure Prouhet, Joseph Foulcoq jardinier, Marie Anne Lancien cuisinière, Marie Marrec domestique ;
• en 1886, Laure Dubosq âgée de 83 ans, son fils Joseph (maire), Joseph Foulcocq jardinier, Marie Anne Lancien et Marie Anne Le Bris domestiques.

Au recensement de 1891, le manoir est habité par Auguste Schang notaire, son épouse, ses quatre enfants et une domestique Catherine Ansquer.
Le manoir est vendu, au décès de Laure Dubosq en 1889, à la famille de Calan. Il est loué successivement aux notaires Auguste Schang, Guillaume Pascoët, René Fatras et Louis Le Goff. Les héritiers de Calan le cédent à Maître Le Goff en 1969. Enfin, cette maison de maître est vendue par les héritiers de Maître Le Goff à la commune de Trégunc en 2008. Une restauration de la charpente et de la couverture est réalisée en 2014, une étude est en cours pour la suite des travaux à entreprendre.

Notes
1 Le notaire royal était nommé par le roi pour officier dans un village et dans un rayon assez large autour de celui-ci ; il sera remplacé à partir de 1791 par le notaire public (sous Napoléon par le notaire impérial).
2 Cette demeure fut appelée Ty-Proôt (surnom populaire donné lorsqu’elle était habitée par la famille Prouhet), maison Placide ou Placite et enfin maison Le Goff.
Nos remerciements à J.G. Prouhet, descendant de la famille.



