Le phare de Pouldohan
Lʼentrée dans l’anse de Pouldohan par la mer se fait par le chenal sud côté Pouldohan en évitant le banc de sable central. Plusieurs rias se rejoingnent : le Minaouët, la rivière centrale de Ster Greich et la vasière de Pors Allen et de Pouldohan, autant d’abris pour les bateaux.
Ces dernières années, les couteaux de mer ont disparu du chenal côté Pouldohan, est-ce dû aux variations climatiques ou un problème de voisinage avec les coques qui se sont implantées côté nord de l’anse ? Les rochers se sont par ailleurs couverts d’huîtres.

Le phare de Pouldohan
Le Conseil après avoir pris connaissance de la lettre de Monsieur le Préfet et afin d’entreprendre ces travaux le plus tôt possible, à l’unanimité des membres présents, s’engage à faire assurer en permanence, par la commune de Trégunc, le gardiennage et l’entretien du feu de Pouldohan, sauf les matières consommables nécessaires au fonctionnement de ce feu.
Conseil municipal de Trégunc du 11 février 1923
Le phare de Pouldohan a cent ans en 2023. Le conseil municipal du 1er janvier 1921 décide la construction de deux pyramides à feux permanents à Trégunc. Le maire Jean-Marie Carduner, cultivateur, et son conseil ne peuvent pas construire un phare à Trévignon sans en faire un à Pouldohan. À cette époque, plus d’une trentaine de chaloupes et de thoniers à voiles sont ancrées dans cet abri.
La construction débute en 1923 sur la pointe de Grignallou, à Beg Minez précisément, une tour carrée en maçonnerie de couleur blanche à la base et verte au sommet.
La hauteur du phare à partir du socle est de six mètres quatre-vingts. Sa portée est de six milles marins (environ onze kilomètres) dans un angle de treize degrés entre la roche du petit douanier, côté Pouldohan, et la roche de mi-rivière côté Cabellou. La mise en service a lieu en juillet 1924 et le phare est officiellement allumé le 1er septembre suivant. Comme celui de la pointe de Trévignon, il fonctionne au gaz acétylène. La commune se charge de l’entretien et du fonctionnement de l’édifice. Le gardien du phare a un tableau d’heures d’allumage et d’extinction établi par quinzaine, les heures pouvant être modulées selon la météo.
Plusieurs gardiens se succèdent, ils sont parfois sermonnés car la ponctualité n’est pas au rendez-vous ; c’est une tâche contraignante nécessitant une grande disponibilité pour l’effectuer sérieusement.
Voici quelques noms de gardiens : Jean Burel en 1937, Yves Burel de 1941 à 1942, François Richard en 1973, Joseph Dizet en 1974 et Marie-Louise Nédellec de 1973 à 1982.

Le 19 septembre 1954, le conseil municipal ne souhaite plus gérer l’édifice et demande que la prise en charge du phare soit assurée par le service des phares et balises. En 1957, le phare est électrifié, au grand soulagement des gardiens ; il sera automatisé en 1980, il n’y aura plus de gardien, l’entretien sera assuré par le personnel du service de l’équipement de Concarneau devenu récemment Direction interrégionale de la mer (DIRM), Nord-Atlantique, Manche-Ouest.
Autre innovation, le 25 mars 2013, la lampe à filament est remplacée par une lampe à diode électroluminescente (LED) afin d’économiser l’électricité. De ce fait, la visibilité est augmentée de cinquante pour cent par temps clair, la portée passe de six à neuf milles (environ seize kilomètres). Le cycle actuel est de quatre secondes : un éclat vert d’une seconde et un obscur de trois secondes.
La pêche professionnelle à Pouldohan
En 1928, peu après l’édification du phare, la construction d’une cale est projetée à Pors-Breign, afin d’en faciliter l’accès à la trentaine de bateaux des cent-cinquante marins-pêcheurs de Pouldohan. Finalement, elle sera construite en 1937. Les thoniers dundées et les chaloupes sardinières côtoient les cotres des marins locaux.
À cette époque, ces marins ne savent pas que leurs dundées feront leur dernier voyage dans les années 1950 vers le cimetière de bateaux dans l’anse. Ils seront livrés aux voleurs de planches et aux objectifs des photographes. Ce sera aussi un terrain de jeux pour les enfants.
Citons quelques bateaux et marins à l’origine de la construction du phare et de l’activité maritime de ce port : LʼAlbatros de Jean-Marie Sellin, le Vent d’Ouest de son frère Marc, le Va-et-vient d’Émile Guernalec, l’Azay-Le-Rideau de Christophe Furic, le Ravageur de Roger Dizet, l’Ozo de Roger Guillou puis de son fils Bernard, le dernier professionnel du port de pêche. Ces marins pratiquent la petite pêche côtière : vieille, tacot, maquereau, lieu, congre, plie, sole, rouget, crevette, homard…
Avant l’avènement du GPS, les marins-pêcheurs utilisent les amers du paysage pour repérer des lieux de pêche poissonneux, système utilisables par temps clair évidemment. Cette localisation n’est plus possible aujourd’hui, certains repères ont disparu ou ne sont plus visibles de la mer.
Clap de fin de la pêche professionnelle à Pouldohan, place désormais aux activités de loisir. En 1960, le centre nautique de plein air est créé côté est, les épaves de bateaux sont transférées vers le côté ouest. Les bateaux de plaisance ne sont pas toujours bienvenus sur les lieux de pêche et prennent peu à peu la place des bateaux de travail.

La frégate Le Griffon s’échoue le 6 décembre 1739.
Le navire négrier commandé par Guillaume Forbin de Nantes embarque deux-cent-quatre-vingt-huit Noirs en Guinée, hommes et femmes de tous âges, quatre-vingt-quinze d’entre eux meurent pendant le voyage.
Début décembre 1739, une tempête se déclare sur les côtes bretonnes, le navire de quatre-vingt-quinze tonneaux, voulant s’abriter, s’approche dangereusement de la côte et s’échoue sur le banc de sable à l’entrée de l’anse de Pouldohan. Le 6 décembre, le matelot Jacques Guilloré du Croizic est déclaré mort, il est inhumé dans le cimetière paroissial de Trégunc le 11 décembre, en présence d’une partie de l’équipage.
Le navire doit attendre la fin décembre pour être renfloué par la grande marée. Entre-temps, la cargaison de cent-trente barriques de vin est débarquée sur le banc de sable afin d’alléger le navire d’une trentaine de tonnes. Les paysans du manoir de Kervren, dont les terrains jouxtent le bras de mer de Ster Greich proche de l’échouage, participent pendant plusieurs jours au transport des barriques dès que la marée le permet.
Fin décembre, un autre matelot, Marc Guitton, également originaire du Croizic, se sent très mal, il se confesse au curé du bourg et décède le 24 décembre. Il est inhumé au cimetière de l’église du bourg le jour de Noël 1739. Le secret de sa confession sera bien gardé. Lʼesclavage ne sera aboli qu’en 1794 et 1848.

(photo R. Picard)
Un marin-pêcheur tué par un Allemand en 1943
Le 5 mars 1943 à quinze heures, le phare est témoin d’un assassinat commis par un Allemand en mal de tir, depuis son poste du Cabellou. Emmanuel Glémarec, 49 ans, paisible et inoffensif marin-pêcheur de Pouldohan, est tué sur son bateau au-dessus de ce banc de sable.
La pêche clandestine sur le banc de sable
Un chemin de ronde des douaniers existe depuis le XVIIIe siècle (garnisons à Pendruc et au Cabellou). Aujourd’hui, ce sentier, devenu chemin de grande randonnée, le GR34, borde l’ensemble des côtes bretonnes sur près de deux mille kilomètres.
Dans les années 1950, quelques marins locaux pratiquaient une pêche interdite consistant à étendre un filet entre les deux rives du banc de sable, afin de piéger les poissons à la marée descendante. Cette pêche était pratiquée au clair de lune, une fois passée la ronde des douaniers. Il n’y avait plus qu’à se baisser pour ramasser les poissons pris au piège et gisant sur le sable. Déguster en hiver les maquereaux stockés dans le saloir, quel régal ! Aucun restaurant n’osera présenter ce menu à sa carte.
Sources
▷ Direction Interrégionale de la mer, Nord-Atlantique Manche Ouest anciennement services des Phares et balises de Concarneau.
▷ Mémoire de Tréguncois, page 28, Robert Sellin, 2004.
▷ Archives départementales du Finistère : [1 MI EC 365/3] – Trégunc – État civil (Naissances, Mariages, Décès) 1733 – 1747.
▷ Histoire du balisage en baie de Concarneau, Jacques Guéguen, Jacques Maigret, Paul Rohou, Université du temps libre du pays de Concarneau, 2023